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Cette jeune classe d’actifs, développée depuis une quinzaine d’années, a battu des records de levée ces derniers mois et se diversifie dans des stratégies d’investissement à la lisière du LBO, mais uniquement sur des actifs « covid-proof ».

Les crèches Babilou valorisées 1,5 Md€ par Antin cet été, le quatrième opérateur d’Ehpad Colisée racheté plus de 2 Mds€ par EQT Infrastructure à la rentrée, et bien sûr l’activité eau France de Suez qui a mis le fonds infrastructures Meridiam sous le feu des projecteurs grâce à sa candidature pour la reprise de l’actif dans le cadre de l’OPA de Veolia… Depuis que la pandémie a vitrifié l’élan du M&A, réduisant le volume transactionnel à portion congrue, on n’a jamais autant entendu parler des fonds infra, dont l’activité tranche avec l’atonie ambiante. Il faut dire qu’hormis pour les infrastructures de transports, et particulièrement les aéroports, durement et durablement impactés par la crise sanitaire, les investisseurs en infra tirent plutôt bien leur épingle du jeu dans le contexte actuel grâce à la résilience de leurs secteurs de prédilection : télécoms, énergie et infrastructures sociales. D’autant que depuis quelques années, l’infra est loin de se cantonner aux projets dits « core » et aux PPP qui faisaient son ADN historique à sa naissance, il y a à peine une quinzaine d’années, pour se diversifier de plus en plus dans les infrastructures sociales, marchant sur les plates-bandes des fonds LBO classiques dans les deals sur les Ehpad, cliniques, laboratoires pharmaceutiques, crèches et même établissements d’enseignement supérieur. En France, les fonds infra disposent de quelque 26 Mds€ de « dry powder » d’après la dernière étude de France Invest et l’AFG publiée en mars 2020 et portant sur l’année 2019. Les montants investis dans le secteur en dette et en capital se sont élevés à près de 11 Mds€ l’année dernière, en croissance de 67 % par rapport à 2018. Mais si les investissements dans les infrastructures sociales et les télécoms ont été les plus visibles depuis la crise sanitaire, l’ère pré-covid était encore marquée par des opérations dans les secteurs des énergies et des transports qui ont pesé près de trois-quarts des montants déployés en 2019. Désormais, la nouvelle donne induite par le confinement et ses conséquences a fait basculer le tropisme des investisseurs en infrastructures vers les secteurs résilients de la santé et des télécoms.

« Depuis quelques années, l’infra ne se limite plus aux PPP mais se diversifie de plus en plus, marchant sur les plates-bandes des fonds LBO classiques. »

À la frontière du LBO.

Ce positionnement à la lisière de l’infra et du LBO a fait le succès de certains fonds français comme Antin Infrastructure, qui vient de battre des records de levée en pleine pandémie. Fin juillet, le fonds mené par Alain Rauscher, annonce ainsi le closing du plus grand véhicule infra jamais réuni en France pour son quatrième millésime qui a collecté 6,5 Mds€, doublant la taille de son précédent véhicule (3,6 Mds€ réunis en décembre 2016). Paré pour saisir les opportunités de la crise des deux côtés de l’Atlantique comme le souligne Alain Rauscher, président et managing Partner d’Antin Infrastructure Partners, lors du closing cet été : « Nous pensons que les investissements dans les infrastructures joueront un rôle essentiel dans les plans de relance qui sont mis en place en Europe et en Amérique du Nord. » Avec un fort tropisme pour l’énergie, les télécoms et les infrastructures sociales, Antin a été un des premiers acteurs européens de l’infrastructure à relayer les fonds LBO dans les acteurs de l’hospitalisation privée, comme le groupe de cliniques de la région PACA Almaviva repris en 2017 à Gimv et UI Investissement, ou le spécialiste de la psychiatrie Inicea racheté en 2016 à Azulis et LFPI et qu’Antin vient de céder en octobre au groupe Korian. Antin s’est également manifesté comme « chevalier blanc » pour s’allier à Suez afin de contrer l’offensive de Veolia, à l’instar du fonds infra d’Ardian qui est allé plus loin en envoyant une lettre d’intention à Engie pour lui racheter sa participation dans l’ex-Générale des Eaux avant de jeter l’éponge. L’équipe d’Ardian Infrastructure menée par Mathias Burghardt a également levé un « jumbo fund » en 2019 en collectant 6,1 Mds€ pour son véhicule de cinquième génération, soit plus du double du fonds précédent qui avait réuni 2,65 Mds€ en 2016. Depuis la levée d’Ardian Infrastructure Fund IV, le nombre de professionnels de l’investissement dans l’équipe a doublé, se donnant les moyens d’accompagner à long terme la croissance des entreprises du portefeuille. Pour soutenir son approche industrielle de l’investissement, Ardian a développé un modèle de notation novateur pour accompagner l’évolution des infrastructures vers un modèle d’« infrastructures augmentées ». Celles-ci sont caractérisées par leur technologie, leur approche centrée sur le client, la prise en compte croissante des enjeux de maintenance, de santé, de sécurité et d’environnement. « Dans le secteur de l’infrastructure, le rôle d’Ardian ne se limite pas à l’investissement financier. Nous avons la taille et le niveau d’expertise d’un acteur industriel de premier plan, et comprenons parfaitement à quel point le digital et le changement climatique transforment désormais notre classe d’actifs », déclare Mathias Burghardt, responsable d’Ardian Infrastructure sur le site officiel de l’institution de la Place Vendôme.

Des investissements long terme.

Malgré l’impressionnante croissance de ses fonds sous gestion, Ardian Infrastructure reste toutefois encore loin de l’exploit du fonds suédois EQT qui a pulvérisé les records de levée au niveau européen avec son cinquième millésime dont le hard cap à 15 Mds€ a été atteint en septembre. Sans parler des 20 Mds$ réunis en février 2020 par le quatrième fonds infra du canadien Brookfield, qui était candidat à l’acquisition du deuxième groupe d’hospitalisation privée Elsan, finalement remportée par KKR cet été pour une valorisation de 3,3 Mds€ Il faut dire que l’infra a explosé tous les compteurs de levée ces dernières années, portée par un couple risque/rendement parmi les plus sûrs du marché. Selon une étude publiée fin 2019 par eFront, le rendement moyen des fonds spécialisés atteint 1,38 fois la mise au niveau mondial. Et les fonds d’infrastructure européens surperforment pour une fois leurs homologues américains avec un multiple moyen de 1,43 contre 1,32 pour les fonds d’Outre-Atlantique. Mais si la classe d’actifs est jugée attractive, elle ne correspond pas à tous les types d’investisseurs car la période de détention est plus longue que pour d’autres segments du marché, avec une courbe en J plus plate. eFront a calculé qu’un fonds d’infrastructures a remboursé les mises initiales de ses LPs au bout de sa 12e année d’existence, là où un fonds de LBO n’a qu’une durée de vie limitée à 10 ans. « Un autre risque lié à cette classe d’actifs tient à la disponibilité des investissements : le nombre de projets éligibles est limité et certains ont été acquis par des investisseurs de long terme. Ils ne reviendront donc pas sur le marché avant de nombreuses années. À l’avenir, mettre des capitaux au travail pourrait devenir plus difficile », prévient l’étude d’eFront. D’où l’intérêt des acteurs de l’infra pour des investissements qui présentent à la fois la stabilité et la visibilité des cash-flows futurs d’un actif régulé et des opportunités de croissance reposant sur des leviers classiques du LBO comme le « buy-and-build ». Toutefois, les ambitieux projets d’infrastructure « greenfield » ne sont pas morts pour autant. En témoigne la création de Vauban Infra Fibre en juin 2020 par l’alliance de Vauban Infrastructure Partners et de l’opérateur Axione, spécialiste de l’aménagement numérique des territoires. Le fonds affilié de Natixis Investment Managers, créé l’an passé à partir du transfert de l’équipe infra de Mirova, a lancé avec Axione la plateforme d’investissement « Vauban Infra Fibre » (VIF), dans l’idée de fonder le troisième opérateur national de gros après Orange et SFR, représentant un plan d’investissement de 6 Mds€ dont 4,3 milliards déjà engagés. Car l’accélération de la digitalisation des territoires est devenue un impératif majeur suite à la crise sanitaire.

Par Houda El Boudrari

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