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Après quatre LBO en deux décennies, le management de l’intégrateur de réseaux télécoms aux 750 M€ de chiffre d’affaires s’est émancipé fin 2020 en prenant le contrôle du capital de l’entreprise. La valorisation de la société a presque quintuplé en cinq ans, passant de 65 M€ en 2015 à quelque 300 millions.

« La décision pour le management de prendre le contrôle du capital n’a pas été prise à la légère », confie Xavier Vignon, président de Sogetrel, et principal actionnaire depuis fin 2020. Nous avions décliné l’offre de passer majoritaire deux ans auparavant car nous ne voulions pas faire supporter à la structure financière de l’entreprise une dette trop lourde ». En 2018, le dirigeant de l’ETI spécialisée dans les réseaux et les systèmes de communication n’était donc pas encore mûr pour prendre en main son destin et a préféré laisser la place de majoritaire à Latour Capital qui a mené le LBO quaternaire, relayant Quilvest entré trois ans plus tôt. Entre-temps, l’entreprise avait doublé de valorisation, passant de 65 M€ en 2015 à environ 120 millions en 2018. Mais quand en 2020, Latour Capital a voulu faire la même culbute encore plus vite, la lassitude des process à répétition a eu raison des réticences du management et Xavier Vignon a finalement sauté le pas du sponsorless. L’opération conclue fin 2020 a donc permis à la fois de satisfaire les attentes de valorisation de Latour Capital qui a cédé l’entreprise quelque 300 M€, soit plus du double du prix payé deux ans plus tôt, et l’envie du management de s’inscrire dans un cycle plus long grâce à un consortium d’actionnaires minoritaires mené par Andera Actomezz.

120 managers actionnaires

Il faut dire que la franchise d’Andera, qui connaissait bien l’entreprise puisqu’elle avait fourni la mezzanine du LBO ter avec Quilvest en 2015, a mis toutes les chances de son côté. Elle a dégainé une offre ferme lui permettant de devancer les fonds majoritaires, grâce au pool constitué avec le family office Luxempart (invité par Actomezz), Capza (ancien mezzaneur du LBO bis avec Equistone en 2006), BNP Paribas Développement (présent dans le précédent tour de table) et Idia (candidat malheureux au process de 2018). Tout ce beau monde intervient à la fois en obligataire et en equity, donnant la majorité du capital aux quelque 120 managers de Sogetrel. « Il y a dix ans, seule une douzaine de managers étaient actionnaires, retrace Xavier Vignon. Le cercle s’est élargi à 50 lors du LBO ter avec Quilvest, puis près d’une centaine lors du dernier buyout ». Le dirigeant planche aujourd’hui sur la mise en place d’un FCPE pour ouvrir l’actionnariat à ses près de 5 000 salariés.

Plus qu’une conception éthique de partage de la valeur créée, cette volonté d’ouvrir largement le capital tient également à la conviction que c’est une manière de garantir la poursuite de la croissance de l’ETI francilienne. « L’actionnariat du management a été un des principaux leviers de la réussite de l’entreprise », estime Xavier Vignon arrivé aux manettes de Sogetrel il y a dix ans et artisan de son ascension fulgurante. Car si Latour Capital était si pressé de sortir, c’est pour empocher les fruits de la surperformance de Sogetrel, qui a connu une croissance ultra-rapide ces dernières années, passant de 250 M€ de chiffre d’affaires en 2015 à 740 M€ engrangés en 2020 pour un Ebitda d’environ 40 M€.

Une histoire mouvementée

En à peine 36 ans d’existence, l’entreprise a connu plusieurs chapitres d’une histoire assez romanesque, à commencer par sa création en 1985 dans le garage d’un de ses deux co-fondateurs, anciens cadres de Spie Batignolles. Lequel fondateur n’est autre qu’Armando Pereira, le discret numéro deux d’Altice qu’il a rejoint après avoir vendu ses parts dans Sogetrel au début des années 2000. Entrepreneur visionnaire, il voulait positionner l’intégrateur de réseaux télécoms en opérateur. Mais ses actionnaires financiers du premier LBO de 1999, l’ex-ABN Amro Capital (devenu Abénex depuis), n’ont pas adhéré à cette stratégie trop risquée pour une entreprise qui doit délivrer des cash-flow réguliers au service de la dette. Exit donc les fondateurs, sortis complètement en 2004. La filiale française de la banque néerlandaise ABN Amro passera la main en 2006 à son homologue britannique l’ex-Barclays Private Equity (aujourd’hui Equistone), qui restera neuf ans au capital de Sogetrel. Le temps de traverser le trou d’air de la perte de son principal client en 2007 et l’arrivée de Free sur le marché des télécoms. 

Après avoir traversé une période tourmentée, de 2006 au début des années 2010, avec un chiffre d’affaires en montagnes russes qui l’a contraint à se restructurer, à se repositionner sur les solutions communicantes et à améliorer sa rentabilité, le groupe enregistre une hausse incessante de ses revenus depuis 2012. Sogetrel a notamment pu profiter de l’essor des réseaux d’objets connectés et réussi à s’imposer comme un acteur important de l’« irrigation numérique des territoires » via l’installation du câble ou de la fibre, tirant l’essentiel de sa croissance du plan France Très Haut Débit, lancé en 2013 pour connecter les zones blanches. Des compteurs intelligents aux bâtiments communicants, en passant par les raccordements au très haut débit, Sogetrel offre ainsi des solutions clés en main à tous les utilisateurs d’infrastructures digitales, que ce soit dans le retail, la défense, le transport, l’industrie ou les services.

S’il a réalisé quelques petites acquisitions ces dernières années, l’essentiel de sa croissance s’est fait jusque là en organique hormis l’opération structurante sur Eryma, le pôle de sûreté électronique du groupe SFPI acquis en 2017 et qui lui a permis de se positionner sur la sûreté électronique sur IP. Le groupe francilien est également présent sur le marché du déploiement de solutions digitales au service de la Smart City et du segment prometteur des « field services » où il veut se développer par le biais d’acquisitions ciblées. Car désormais, Sogetrel veut accélérer sa stratégie de croissance externe pour compléter son offre, notamment sur le mobile où il est encore peu présent, et poursuivre son expansion internationale aujourd’hui cantonnée à deux implantations suisse et belge sur la centaine que compte le territoire national. En choisissant un pool d’actionnaires minoritaires aux poches profondes, l’ETI s’est donné les moyens de financer des acquisitions et de prendre le temps de les intégrer, avant de se lancer à nouveau dans un process qui, cette fois-ci, intéressera peut-être aussi des fonds infra friands du secteur…

par Houda El Boudrari

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