Dirigeants d’entreprise, n’attendez pas la prochaine crise pour prévenir les difficultés !

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Par Olivier Marion, président de l’ARE.


Plus d’informations : 
http://www.are.fr/

En France, nombre de sociétés ont vu leur santé et leur avenir mis à mal par la crise économique et financière, sans précédent, survenue il y a près de 10 ans. Le contexte économique actuel est bien différent, mais certaines menaces planent de nouveau sur les entreprises. Ont-elles su tirer les leçons des vertus de l’anticipation et de la prévention, plutôt que du traitement des difficultés a posteriori ? Rien n’est moins sûr.

Mois après mois, chacun scrute l’évolution de l’économie pour tenter de percevoir la façon dont les entreprises peuvent y tracer leur chemin et assurer leur développement. La crise majeure qu’a vécue notre économie sur la dernière décennie a laissé des traces… Fort heureusement, les gros nuages semblent derrière nous. Pour autant, certains signes inquiétants, ou le manque de visibilité actuel, viennent de nouveau faire craindre un ralentissement économique. Il serait imprudent de ne pas en tirer les conséquences. La longue crise que nous venons de traverser a démontré que seule une vigilance de tous les instants, ainsi que de bonnes pratiques en matière de prévention, permettait aux dirigeants d’éviter des difficultés ô combien délicates à surmonter lorsqu’elles sont traitées tardivement. Prévenir plutôt que guérir, telle doit demeurer leur maxime.

Plus de professionnalisme… C’est l’un des messages essentiels portés par l’ARE, en s’appuyant sur l’expertise pluridisciplinaire et l’expérience de ses 250 membres, en prise directe avec la plupart des situations de difficultés d’entreprise sur le territoire national. Et ce même si des progrès considérables ont été accomplis en matière de prévention. En effet, la crise de 2008-2009 a fait gagner en maturité l’ensemble du tissu économique français : les entreprises ont progressé dans leur façon d’appréhender et de gérer les soubresauts conjoncturels ainsi que les mutations plus profondes, et l’ensemble des acteurs ont beaucoup appris en la matière. Qu’il s’agisse de l’avenir des grands groupes comme des PME.

Les entreprises et leurs dirigeants ont compris qu’intervenir le plus en amont possible, en particulier dans un contexte in bonis ou amiable, avant la procédure collective, constitue la meilleure façon de traiter les situations de difficulté. D’autant que la France a développé un dispositif d’actions permettant d’agir avec un éventail d’outils graduels et adaptés aux circonstances, sans attendre qu’il ne soit trop tard.

… mais un message à répéter. Pour autant, il demeure indispensable de porter ce message sur les vertus de la prévention de façon régulière, car deux biais continuent d’affecter l’appréciation des chefs d’entreprise :

• Nombre de sociétés pilotent encore leur activité de façon « intuitive », sans vraiment disposer d’outils appropriés pour anticiper et prévenir les périodes difficiles (contrôle de gestion adapté, reportings, outils de prévisions) ;

• Le facteur humain prédomine souvent, et le rôle d’entrepreneur est complexe : ce dernier doit d’un côté savoir insuffler un positivisme contagieux à ses équipes, ses partenaires commerciaux, aller de l’avant, adopter une approche conquérante. De l’autre, il doit savoir garder la tête froide et reconnaître le moment où des indicateurs virent au rouge et où il faut tirer la sonnette d’alarme. De quoi devenir réellement schizophrène, pour qui ne sait pas gérer ces deux « injonctions contradictoires » en parallèle ! Ou de quoi oublier parfois de reconnaître les difficultés lorsqu’elles apparaissent…

Boîte à outils. C’est pourquoi l’ARE continue d’œuvrer pour promouvoir l’efficacité de la prévention, auprès du public le plus large possible. Nous multiplions les prises de contact avec le monde économique, notamment via notre Prix Ulysse du meilleur retournement de l’année, qui vise à mettre en avant le parcours réussi d’entreprises ayant fait face à la crise, et dont nous préparons pour 2020 la 10e édition. Nous organisons par ailleurs des colloques à l’attention des entrepreneurs, sur le thème de la prévention, en partenariat avec les Tribunaux de Commerce des différentes régions : Lyon l’an passé, Lille cette année, Marseille au programme de 2020. En parallèle, nous intervenons auprès des étudiants pour les sensibiliser à ces enjeux, que ce soit auprès de HEC Entrepreneurs, de Dauphine, de l’Edhec, de Panthéon-Assas ou, en 2020 de l’Essec.

Toutes ces actions, destinées en premier lieu à « démystifier » le sujet trop souvent confidentiel des difficultés d’entreprise et à diffuser les bonnes pratiques en matière de prévention, permettent à l’ARE d’œuvrer, à sa mesure, à rendre l’ensemble de notre économie plus apte à comprendre le schéma de survenance des difficultés, ainsi que les différentes options qui existent pour les traiter (le plus tôt étant le plus efficace). L’ARE a également pour objectif de mettre l’expérience cumulée et pluridisciplinaire de ses membres au service de l’évolution régulière du cadre juridique d’anticipation et de traitement des difficultés, cette boîte à outils française, riche, mais qu’il faut faire régulièrement évoluer afin de la maintenir au contact de l’évolution de notre économie. Dans cette optique, nous avons ainsi constitué un comité des lois pour travailler sur l’évolution continue du corpus législatif – comme ce fut le cas récemment lors de la préparation de la directive européenne en matière de droit des faillites, de réforme du droit des sûretés ou encore de financement en période de crise et de retournement. De sorte à apporter régulièrement des réponses aux pouvoirs publics et de faire la promotion de solutions dont nous avons pu tester le bien-fondé.

La prudence est de mise. Tout cela est-il indispensable, à l’approche de 2020 ? Absolument. Depuis la rentrée, nul ne saurait jouer la carte de la sérénité à la lumière des fondamentaux économiques et autres aléas internationaux : le Brexit et ses rebondissements, la décroissance en Allemagne, la guerre économique Chine-États-Unis… sont autant de raisons pour faire preuve de prudence.

Qui plus est, bien que toujours portée par certains pans de l’économie, la France connaît – comme bien d’autres pays – des secteurs d’activité à la peine : l’automobile souffre depuis un an, marqué par la nécessité de s’adapter à la crise du diesel et la révolution électrique, le retail continue d’être affecté par une transformation en profondeur et le tourisme se trouve malmené par un environnement concurrentiel très marqué (pour ne citer qu’eux).

Enfin, on peut être dubitatif face à des acquisitions réalisées à des prix records, ou encore des montages de financement où la structuration de la dette se fait en l’absence de covenants, ces indicateurs qui servent de témoins d’alerte lorsque l’entreprise éprouve des difficultés à honorer ses remboursements.

Tout compte fait, même s’il n’y a pas aujourd’hui de crise à proprement parler, nous sommes convaincus que les entreprises doivent véritablement veiller à ce que la morosité et l’incertitude actuelles ne se traduisent pas en difficultés plus profondes.

Une réelle politique de filière en France ? En résumé, l’économie est incertaine, et nous estimons que les entreprises doivent continuer à jouer la carte de l’anticipation pour éviter les difficultés, ou, à tout le moins, pour les traiter le plus en amont possible afin de maximiser les chances de rebond. Certaines entreprises continueront fatalement de sortir fragilisées du contexte économique actuel ainsi que des mutations majeures que connaît notre économie. Parmi les solutions à envisager, nous sommes très attentifs en tant qu’association à la création de filières industrielles, ainsi qu’au rôle que pourront jouer les pouvoirs publics dans leur développement. Elles pourront notamment favoriser de véritables réponses, structurées et pérennes, lorsque des acteurs fragilisés viennent à connaître des difficultés en leur sein. ]

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