Le rebond de la France passera par les PME

Entretien avec Denis Jacquet, entrepreneur et président de Parrainer la Croissance

Par Ondine Delaunay

Alors que la loi Pacte avait pour ambition affichée de simplifier la vie des PME et des ETI, le texte déçoit les associations d’entrepreneurs.

Entrepreneur dans l’âme, vous aviez repris à l’époque une entreprise en difficulté, Educatel. Pourquoi avoir fait ce pari ?

Denis Jacquet : Force est de reconnaitre qu’il est plus facile de retourner une entreprise que de la créer, car on part avec une antériorité, une marque, une dynamique. Les erreurs sont souvent plus visibles pour celui qui vient de l’extérieur, celui qui n’avait pas « le nez dans le guidon ». En réalité, dans le cas d’Educatel, les difficultés se sont révélées encore plus importantes que ce que nous avions anticipé. La trésorerie était bien sûr déficitaire, mais nous avons surtout été confrontés au manque d’enthousiasme des salariés et au peu de soutien de l’environnement externe (banques, fournisseurs, prestataires). Plus personne n’y croyait. Et en région, il est souvent difficile de faire évoluer les mentalités, de faire taire les fausses rumeurs sur la santé d’une entreprise. Or le succès dépend des hommes qui doivent s’emparer du changement, aux côtés du dirigeant.

Pour y parvenir, nous nous sommes servis de la presse locale. Et grâce à quelques coups un peu « osés » de communication, autour, notamment d’élus politiques, nous avons pu retourner la situation. Nous sommes parvenus à redresser Educatel qui, finalement, a pu vivre près 20 ans sans nouvelles anicroches.

Vous accompagnez, à travers votre association Parrainer la Croissance, de nombreuses PME. Quels sont les freins auxquels les entreprises sont souvent confrontées dans leur développement ?

Denis Jacquet : La France contemporaine s’est bâtie autour de belles ambitions en termes d’énergie, de nucléaire, de défense, etc. Elle a créé de grandes entreprises nationales pour soutenir une ambition forte d’indépendance et de reconstruction. Notre système politique, et la totalité du maquis administratif, nos élites, tout a été organisé pour soutenir ces grands groupes. Les PME ont totalement été négligées. De fait, elles sont aujourd’hui peu internationalisées, peu digitalisées, incapables d’attirer des talents, de se tourner vers l’export, etc. Elles sont surtout totalement dépendantes de ces grands groupes qui, en outre, ne respectent que très rarement les délais de paiement et les tiennent à leur merci. Notre législation a été conçue pour une organisation, que seuls les grands groupes peuvent s’offrir.

En France, nos gouvernants n’ont aucune culture de la PME. Dans la majorité des cas, les textes ignorent l’impact négatif de leurs décisions sur les plus petites sociétés. Ils laissent de côté le moteur réel de l’économie, mais aussi le dernier maillon où l’humain est essentiel, la PME.

Quel regard portez-vous sur la loi PACTE ?

Denis Jacquet : De façon générale, j’estime que ce texte est un gâchis. Lorsque Bruno Le Maire et Delphine Geny-Stephan ont annoncé vouloir aborder l’économie par la fenêtre de la PME, nous étions conquis ! Nous avons naïvement pensé qu’enfin nous allions doter le pays d’une vision également axée sur les PME et les ETI. Les aider à grandir, à se financer, à mailler le territoire, les objectifs étaient formidables pour nous offrir un avenir. Pourtant, le résultat est très loin de ce que nous avions proposé aux ministres et que tous les réseaux réalistes s’accordent à penser comme la solution incontournable. Un amas sans forme de mesures individuelles et spécifiques, sans vision d’ensemble. Le législateur a surtout joué le jeu du corporatisme et du saupoudrage pour la satisfaction d’intérêts spécifiques, en oubliant le vrai sujet, celui de l’avenir de la France et de l’Europe. Nous espérons une loi Pacte 2 rapidement.

Les mesures sur les procédures collectives ne vont-elles pas dans le bon sens ?

Denis Jacquet : Bien sûr, certaines mesurettes sont satisfaisantes. Mais il ne s’agit que de saupoudrage. Nous attendions une réforme plus ambitieuse, notamment sur le droit à l’oubli. Les banques ne devraient pas pouvoir accès au dépôt de bilan de l’entrepreneur, à partir du moment où il n’y a pas eu de fraude ou de faute lourde. De même, nous demandions une réforme du numerus clausus des administrateurs judiciaires et de leur imposer de rendre des comptes sur leurs actions. La loi ne va pas assez loin. Elle s’est arrêtée à mi-chemin, au mieux.