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Trois ans après le démantèlement du papetier Arjowiggins, sa filiale iséroise Arjobex, détentrice d’un procédé industriel unique pour fabriquer du papier synthétique sous la marque Polyart, rebondit grâce à sa reprise par Prudentia Capital, et consolide sa position de leader européen avec le rachat de son concurrent allemand MDV.

UNE NOUVELLE VIE SOUS LE SIGNE DE L’INDÉPENDANCE, un nouveau nom, un doublement de taille… Arjobex a fait peau neuve depuis trois ans, et sa sortie du périmètre d’Arjowiggins après les longs mois d’agonie du géant de la papeterie aux pieds d’argile. Fin 2021, la PME iséroise s’est rebaptisée du nom de sa marque Polyart, consacrant le succès du rachat de son concurrent allemand MDV quelques mois plus tôt qui a multiplié son chiffre d’affaires par deux, et consolidé sa position de champion européen de solutions de couchage de spécialité sur papiers et films pour le marché des étiquettes . « Le récent regroupement a permis d’importantes synergies opérationnelles et industrielles ainsi qu’un renfort précieux à l’international. En 2022, nous visons à développer d’importantes synergies commerciales en nous appuyant sur le réseau mondial de ventes du groupe. Polyart est aujourd’hui un groupe cohérent, solidement équipé pour s’imposer sur les marchés en croissance », explique Stéphane Daveau, PDG de Polyart. La filiale rescapée du naufrage du papetier français tourne donc définitivement la page des restructurations et affiche de belles performances : 20 % de croissance en 2021 pour atteindre plus de 70 M€ de chiffre d’affaires, dont 70 % en Europe, 20 % aux États-Unis et 10 % en Asie.

Une reprise complexe

Derrière cette renaissance, un fonds d’investissement spécialisé dans les situations complexes, qui a pris le risque de miser un ticket entre 5 et 15 M€ pour reprendre cette filiale rentable, mais en proie à des difficultés liées à la situation de sa maison-mère. « Nous avons dû convaincre de la viabilité de notre projet dans un calendrier accéléré entre avril et juillet 2019 », raconte Dominik Zwerger, associé co-fondateur de Prudentia Capital. Cet ancien du CIRI a dû notamment faire face à une procédure de redressement judiciaire concernant le site anglais en raison d’un risque sur les engagements retraite. Car malgré la taille modeste de cette filiale spécialisée dans le papier synthétique, la procédure de reprise relevait de trois juridictions différentes pour les trois sites français, britannique et américain. Face à la dégradation rapide de la situation du holding Sequana qui chapeautait les activités du papetier français, la vente d’Arjobex a été une première fois avortée après que le néerlandais Fineska eut renoncé, fin 2018, à son projet de rachat d’Arjowiggins Graphic et Arjowiggins Creative Paper (un périmètre de 528 M€ de revenus). À l’été 2019, les seuls candidats au rachat de cette pépite en péril étaient le jeune fonds de situations spéciales Prudentia et un industriel asiatique dont le projet menaçait potentiellement la pérennité du site français. Malgré sa création récente en 2018, le fonds d’investissement était donc considéré comme le repreneur le plus légitime pour poursuivre l’histoire de l’inventeur du papier synthétique en Europe sous la marque Polyart en 1968. Ce film de polyéthylène de haute densité combine toutes les facilités d’impression du papier et la résistance du plastique, à l’eau et aux frottements. Le groupe exploite une usine de fabrication en Grande-Bretagne à Clacton-on-Sea, une autre de couchage à Rives en Isère, et un double site aux États-Unis, en Caroline du Nord. L’entreprise, qui réalise 85 % de son chiffre d’affaires à l’étranger, destine son papier synthétique indéchirable aux étiquettes horticoles, médicales, industrielles ou alimentaires.

Un projet de fusion en plein covid

Si la PME française, numéro trois mondial et leader européen du papier synthétique, surfe sur l’explosion de la demande sur un marché de niche en forte croissance, son organisation héritée de l’ère Arjowiggins nécessite quelques ajustements et notamment du renfort au niveau du management pour insuffler un esprit plus entrepreneurial. Prudentia fait donc appel à Stéphane Daveau, ex-directeur général de Feralco, filiale du spécialiste de rayonnage industriel Averys qui a connu plusieurs LBO. Ce dernier arrive en septembre 2020 d’abord au poste de directeur général adjoint, numéro deux du PDG historique Arnaud Roussel, avant de reprendre les manettes opérationnelles en solo en juillet 2021. Dès son arrivée, il doit plancher sur la finalisation du projet de fusion avec l’allemand MDV, suspendu momentanément pendant le confinement. « Nous avons été sollicités dès septembre 2019 par MDV dont les dirigeants souhaitaient s’adosser à un groupe solide et complémentaire pour assurer la pérennité de leur entreprise », retrace Dominik Zwerger. Avec son homologue allemand, la PME iséroise se dote d’une nouvelle spécialité de papier synthétique fluorescent et une usine de couchage de papier traditionnel, dans une optique de diversification de gamme, durable et recyclable. MDV est un acteur historique du secteur dont les origines remontent au XIXe siècle. Le groupe dispose de deux sites de couchage en Allemagne et d’un site de production de film à Liverpool au Royaume-Uni. Principalement présent sur les marchés de l’étiquetage et de l’impression, il distribue sa gamme de papiers fluorescents sous les marques Satinex et Robuskin. MDV revendique en outre un savoir-faire reconnu en matière de revêtement et de supports techniques, qu’illustre sa participation au couchage de film ETFE utilisé pour l’enveloppe externe de l’Allianz Arena, l’emblématique stade munichois. Cette acquisition est réalisée avec le soutien d’Indigo Capital, qui apporte le financement de l’opération et devient co-actionnaire. Fort de cette nouvelle dynamique, l’ex-Arjobex rebaptisé Polyart, entend poursuivre la consolidation du secteur avec le soutien de ses actionnaires Prudentia Capital et Indigo Capital et accélérer son développement aux États-Unis, où il dispose d’un site de production à Charlotte en Caroline du Nord, ainsi qu’en Asie avec l’ouverture d’une filiale en Inde début 2022. Pour marquer sa différenciation par rapport aux deux leaders asiatiques du secteur, Polyart entend mettre l’accent sur la durabilité de ses produits et leur respect de l’environnement. Les produits Fiberskin (papier recyclable pour applications en extérieur courte durée) et r-Polyart (film à base de plastique recyclé) en sont les illustrations récentes. « C’est un engagement important pour nous. Polyart est désormais un apporteur de solutions engagé pour faciliter le recyclage et l’économie circulaire. Ce modèle vertueux a été récemment certifié par ECOVADIS », conclut Stéphane Daveau. L’entreprise, finaliste de l’édition 2022 du prix de retournement Ulysse, devient ainsi un cas d’école d’un carve-out réussi. Deux ans à peine après sa reprise par Prudentia, Polyart a doublé de taille et plus que triplé de valeur même si ses actionnaires assurent n’être pas encore pressés de sortir…

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