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Avec 136 millions d’euros levés en quatre ans, la société Qonto fondée par Alexandre Prot et Steve Anavi est l’une des réussites françaises du secteur des fintech. Dans un univers européen très concurrentiel, la néobanque affiche un positionnement original auprès des PME et ETI. Alexandre Prot présente cette alternative bancaire 3.0.

Quelle est l’histoire de Qonto ?

L’aventure a débuté en avril 2016. Avec mon associé Steve Anavi, nous venions de revendre Smokio, une société qui commercialisait des cigarettes électroniques connectées. En tant qu’entrepreneurs, nous sommes passés par les étapes fastidieuses de l’ouverture du compte bancaire, du dépôt de capital social, de l’attente des cartes de crédit, de la gestion du paiement des fournisseurs et des salariés etc. L’offre proposée avait trois écueils : les outils numériques étaient souvent peu adaptés à nos besoins, joindre un conseiller bancaire relevait du parcours du combattant, et les tarifs réclamés se révélaient élevés et souvent opaques. Les acteurs traditionnels bancaires et les fintech actives sur le marché s’intéressaient plus à une clientèle de particuliers ou de grands groupes. Mais les dirigeants de PME et d’ETI, tous secteurs confondus, étaient finalement assez mal servis. Nous avons donc réalisé qu’il y avait un trou dans la raquette et nous avons alors crée Qonto, que nous avons commercialisé en juillet 2017. Depuis, nous avons séduit plus de 120 000 PME et indépendants en France, en Italie, en Allemagne, et en Espagne.

Quelques chiffres

2016L’année de création de Qonto

2018 – Qonto obtient son agrément d’établissement de paiement

120 000le nombre de clients depuis juillet 2017

10 Mds€ – de transactions en 2019

250 – salariés dont 30 % d’internationaux

Au-delà de son cœur de cible, quelle est la spécificité technique de Qonto ?

Qonto a démocratisé l’usage de la néobanque. Nous proposons une alternative bancaire nouvelle génération, avec des frais transparents, une simplicité et une rapidité d’exécution. Nous avons obtenu en 2018 l’agrément d’établissement de paiement,
qui nous permet désormais de nous appuyer sur notre propre core banking system. Nous avons pour objectif d’obtenir notre agrément d’établissement de crédit mais en attendant, nous sommes entrain de développer des partenariats pour répondre aux demandes de crédits de nos clients.

Mais au-delà du service bancaire, nous avons surtout élargi notre offre de business finance management à l’accompagnement des entreprises dans leur gestion financière quotidienne. Nous proposons donc une offre d’intégration de Qonto aux logiciels comptables des entreprises, permettant ainsi un paiement automatisé des salaires, une détection de la TVA sur les factures, une catégorisation automatique des transactions, des tableaux de bord pour mieux piloter sa trésorerie, etc. Autant de services qui font gagner du temps aux entrepreneurs, tout en leur laissant l’autonomie et une meilleure visibilité sur leurs dépenses.

> Steve Anavi et Alexandre Prot.

Dès la phase d’amorçage, vous avez attiré le fonds américain Valar Ventures. Le chinois Tencent est entré au capital en début d’année. Par-delà l’aspect financier, quel est l’apport de ces investisseurs étrangers pour le développement de votre entreprise ?

Dès le début de l’aventure, nous avons vu grand. Notre objectif est de simplifier la gestion financière des TPE et PME afin que les chefs d’entreprises puissent vraiment se concentrer sur le développement de leur activité. Nous avons réussi à approcher Valar Ventures durant notre premier tour de financement. Ce fonds américain est un expert du secteur des fintech. Il a notamment pris des participations dans certaines d’entre elles localisées au Mexique, au Canada, en Espagne… Ils ont donc une vision mondiale des best practices, mais également de leur aspect réglementaire, qui nous intéresse tout particulièrement. Tencent est très différent. Les équipes chinoises ont investi dans plusieurs dizaines de scale-up, comme la fintech brésilienne Nubank qui est aujourd’hui valorisée plus de 10 Mds$. L’entrée d’un acteur de la taille de Tencent à notre capital est un signal positif pour nos partenaires et pour notre marque employeur. C’est aussi la démonstration que Qonto est une « scale-up to be » et, j’espère, une future licorne. Nous sommes déjà bien armés pour grandir sereinement durant les 24 prochains mois. Cependant, nous leverons peut-être de nouveau d’ici là pour accélérer le renforcement de notre offre et notre développement à l’international.

Comment votre entreprise a-t-elle résisté à ces derniers mois de crise ?

Le business model de Qonto est par définition 100 % en ligne, donc nous sommes d’une certaine façon favorisés et nous assurons une continuité de service. D’un point de vue organisationnel, nos équipes sont formées et outillées pour travailler à distance. Avec plus de 250 salariés, ce sont surtout des questions de management à distance et de prévention des risques psycho-sociaux qui nous ont occupé. S’agissant de nos clients, nous n’avons pas noté d’augmentation du nombre de fermetures de comptes et de faillites. Il est probable que la vague arrivera en 2021, après l’interruption des aides financières de l’État.

Comme l’ensemble des acteurs du monde bancaire, nous sommes néanmoins soucieux de l’évolution de la politique monétaire de la BCE. En 2021, nous devrons réfléchir à comment réagir à ce contexte de taux d’intérêt négatif qui nous impacte directement.

Il est comme ça…

Une fierté ?

La persévérance et la confiance mutuelle que nous avons su créer avec mon associé, Steve Anavi. Qonto est la deuxième aventure entrepreneuriale que nous vivons ensemble après Smokio. Mais cette fois-ci, le succès est encore plus grand.

Un regret ?

Ne pas m’être lancé plus tôt dans l’entrepreneuriat et d’avoir suivi trop longtemps le parcours de bon élève.

Un projet ?

Relever le défi, avec ma femme, de faire le GR20 en Corse.

Jamie Damon, patron de JP Morgan, expliquait récemment que certaines banques « sont des dinosaures ». Pensez-vous que les fintech ont sonné le déclin des acteurs traditionnels ?

Les banques traditionnelles ont été directement bousculées par une série de nouveaux acteurs, de type GAFA, ou des groupes industriels (des télécoms notamment) qui ont lancé leur propre service bancaire. Mais sans aucun doute, la plus grande menace pour elles vient des fintech. La fluidité des services proposés par Qonto, la rapidité d’exécution, la réactivité du service client et la transparence des tarifs sont autant défis que les banques traditionnelles n’ont pas encore su surmonter.

Votre concurrent Shine a été racheté par la Société Générale l’été dernier. Quel est l’avenir de Qonto dans un secteur qui se consolide ?

Notre défi a toujours été de faciliter le quotidien financier des TPE et PME et nous souhaitons maintenir notre leadership en Europe sur le business finance management. Nous nous sommes construits en cherchant à maintenir notre indépendance et notre agilité, tout en proposant les services les plus techniques et adaptés aux attentes de nos clients. Lors de la série C de janvier dernier, nous avons levé 104 millions d’euros, auprès de plusieurs investisseurs dont certains internationaux. C’est grâce à leur soutien et leur confiance que nous maintenons nos perspectives de croissance en parfaite indépendance.

Quels conseils donneriez-vous à un jeune entrepreneur qui souhaite lancer une start-up ?

Il est d’abord important de choisir un associé qui partage vos valeurs et ne pas tout miser sur la complémentarité des compétences. Il faut ensuite être ambitieux et choisir un marché suffisamment vaste pour pouvoir ajuster sa stratégie, la faire pivoter. Il est en outre nécessaire d’identifier un vrai problème client et s’assurer que les potentiels clients finaux sont prêts à payer pour qu’on leur résolve ce problème. D’un point de vue organisationnel, le bon mix doit ensuite être trouvé entre le temps du travail intensif, celui où l’on fonce sans se poser de questions existentielles, et des moments où il est indispensable de prendre de la hauteur pour se poser les vraies questions. Enfin, il convient de rapidement lever des fonds pour mieux se structurer et se sentir lancé.

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