La mixité hommes-femmes : un atout à exploiter sans tarder

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Entretien avec Claire Chabrier, vice-présidente de France Invest

France Invest est le nouveau nom de l’Afic, l’association professionnelle du capital-investissement, créée en 1984. Organisme professionnel indépendant, elle regroupe près de 500 membres dont 300 fonds d’investissement (investisseurs en capital et en dette) et représente un poids économique croissant : ses membres accompagnent près de 7 200 start-up, PME et ETI qui pèsent plus de 210 Mds € de chiffre d’affaires cumulé.

Vice-présidente et membre du conseil d’administration de France Invest, Claire Chabrier décrypte les actions enclenchées par l’association pour promouvoir la place des femmes au sein du capital-investissement, mais aussi dans les entreprises qu’il accompagne. Une mission en phase avec le calendrier législatif de 2020.

La mixité hommes-femmes est un sujet qui prend peu à peu sa place. En quoi concerne-t-il les fonds de capital-investissement ?

Claire Chabrier : C’est un sujet sur lequel nous travaillons déjà depuis une dizaine d’années, au sein de France Invest. Nous venons d’ailleurs de publier, avec Deloitte, la 9e édition de notre étude annuelle, qui confirme la tendance à la féminisation de nos métiers. Ainsi, en 2018, on dénombrait 25 % de femmes au sein des équipes d’investissement – contre 17 % au début de la décennie. La progression est donc réelle, bien que trop peu marquée.

Comment faire mieux ?

C. C. : Il est possible d’améliorer la situation, que ce soit au sein de notre instance fédérative ou dans les sociétés d’investissement. Au cours du mandat de Dominique Gaillard à la présidence de France Invest, nous avons pris l’engagement de nous doter d’un conseil d’administration paritaire. Ce sera le cas au plus tard en juin 2021, alors que l’on ne compte actuellement que 4 femmes sur les 14 membres.

Vous donnerez ainsi l’exemple, mais comment inciter à le suivre ?

C. C. : En mettant en lumière les parcours et les compétences des femmes actives dans le capital-investissement ! Tel fut l’objet, fin novembre, de la 1re édition des Grands Prix des Jeunes Talents Féminins, au cours desquels nous avons récompensé quatre catégories :

• Jeune Talent, attribué à Gabrielle Thomas, VC investment manager chez Blackfin Capital Partners ;

• Talent confirmé, remis à Amandine Ayrem, principal chez Eurazeo ;

• « Coup de cœur », décerné à Gaïa Capital Partners, une structure cofondée par 2 femmes et récemment dotée de 100 millions d’euros pour financer les entreprises technologiques ;

• Équipe de gestion, remis à Raise, pour son engagement sur le sujet de la mixité.

Le fait que nous ayons reçu plus de 70 candidatures pour cette manifestation témoigne de l’attente des femmes de la profession, indéniablement.

Le private equity attire-t-il donc les talents féminins ?

C. C. : Oui, mais pas encore suffisamment. Pour l’événement évoqué à l’instant, nous avons été enthousiasmés par la qualité des dossiers de candidature reçus. Pour autant, cela ne saurait compenser une double faiblesse structurelle de notre profession. D’une part, nous éprouvons des difficultés à attirer les femmes. En 2018, elles représentaient 31 % des recrutements dans les équipes d’investissement, une proportion certes en hausse de 2 points en un an, mais toujours limitée. D’autre part, nous peinons à leur proposer des carrières épanouissantes dans la durée. En témoigne le taux élevé de départs après le premier congé maternité, notamment.

Quelle peut en être l’explication ?

C. C. : C’est très simple : jusqu’à présent, la profession, dans son ensemble, n’a pas largement déployé de politiques internes donnant aux femmes la possibilité de se projeter dans une carrière longue. Un chiffre est à cet égard évocateur : actuellement, les fonds dirigés par une femme en France ne sont qu’une petite dizaine. Il s’agit d’un signal négatif très fort puisqu’il est ici montré qu’il est ardu d’atteindre le sommet de la pyramide hiérarchique dans le capital-investissement… Voilà pourquoi nous cherchons à porter la lumière sur des figures emblématiques, afin que les jeunes femmes y envisagent de faire carrière.

C’est un vrai travail d’évangélisation qui vous attend…

C. C. : Et celui-ci sera mené en parallèle sur deux fronts. En premier lieu, nous avons décidé d’approcher des écoles de commerce et des écoles d’ingénieurs, en vue de leur livrer des témoignages de femmes actives dans le capital-investissement. Cette approche est essentielle pour susciter encore plus de vocations qu’aujourd’hui, auprès de ce public de futurs talents. En second lieu, nous travaillons sur des programmes de mentoring de 12 mois, destinés à partager avec nos nouvelles recrues les réseaux, les bonnes pratiques et les codes nécessaires pour progresser. Ces deux actions, menées en partenariat avec l’association Level20, véritable référence outre-Manche en matière de promotion de la mixité hommes-femmes dans le capital-investissement, permettront de montrer aux jeunes femmes qu’elles ont aussi leur place dans ce secteur.

Cette palette d’actions vous semble-t-elle suffisante ?

C. C. : Nous allons y adjoindre un autre volet tout aussi nécessaire : la rédaction d’une charte de la mixité, qui sera proposée à la signature des 325 membres de France Invest à l’horizon de mars 2020. Cela permettra de faire évoluer les chiffres dans les sociétés de gestion, en demandant à nos membres de s’engager comme ils ont pu le faire par le passé à propos des critères ESG, mais aussi d’encourager les entreprises que nous accompagnons à suivre le même chemin. En l’espèce, nous avons un vrai rôle à jouer dans la gouvernance de ces entreprises, et ce d’autant que la loi CopéZimmermann sera étendue en 2020 à toutes les entreprises de plus de 250 salariés – alors qu’aujourd’hui, seules les sociétés de plus de 500 salariés doivent tendre vers 40 % d’effectifs correspondant au sexe le moins représenté en interne au sein des conseils d’administration. En tant qu’actionnaires professionnels, nous nous devons de promouvoir les sujets de mixité dans nos participations, tant dans les conseils d’administration et conseils de surveillance que les comités exécutifs et comités de direction. C’est pourquoi, dès le mois de mars prochain, nous demanderons à nos adhérents de s’engager à mesurer et à conseiller dans le temps les 6 700 entreprises françaises accompagnées.

S’agit-il là d’une réaction de France Invest à l’évolution de la législation ?

C. C. : Loin de là. Il s’agit surtout d’avancer nos convictions et de les concrétiser le plus largement possible. Cela étant, nous nous inscrivons dans une tendance globale qu’il faut saluer, y compris à l’échelle réglementaire. En témoigne le projet de Loi d’émancipation économique des femmes, actuellement en préparation dans les ministères de Bruno Le Maire et de Marlène Schiappa, qui devrait être présenté en mars prochain. Nous appuierons ce projet, tout en restant très pragmatiques car nous savons bien qu’à l’échelle des entreprises que nous accompagnons – bien différentes des grands groupes cotés –, les changements interviennent de façon plus lente et qu’il est clé de respecter les spécificités géographiques et sectorielles. Il nous faut plaider pour des évolutions dans des délais raisonnables.

Quelles sont les premières réactions recueillies au sein de France Invest sur tous ces chantiers concomitants ?

C. C. : Il y a aujourd’hui une accélération des prises de conscience : nous connaissons tous ces sujets-là mais l’environnement actuel – tant législatif que sociétal – nous incite à aller bien plus loin. De fait, il existe une attente de tous sur les bonnes pratiques à partager et sur les recommandations que France Invest proposera. Et ce dans le prolongement de l’appel lancé par le collectif Sista, fin 2018, entré en résonance auprès des fonds accompagnant des entreprises technologiques. Ayant déjà apporté notre soutien à la charte Sista, nous cherchons en parallèle à répondre aux attentes de la profession dans sa globalité – en incluant les fonds de LBO, d’infrastructures, mais aussi les pourvoyeurs de capitaux (LPs).

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