Quels sont les premiers effets de la crise du Covid-19 sur les entreprises ?

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Cinq associations d’acteurs du retournement1 se sont alliées pour mener une enquête visant à déterminer les premiers effets de la crise du Covid-19 sur les entreprises. Un sondage a donc été adressé à 250 professionnels du secteur, majoritairement des avocats, administrateurs et mandataires judiciaires, spécialistes de l’analyse financière et comptable ou du financement et conseils opérationnels. Virginie Verfaillie Tanguy, présidente de l’ARE, en détaille les résultats.

Dans sa note de conjoncture du 26 mars 2020, l’INSEE indique que la perte d’activité est actuellement estimée à 35 % par rapport à une situation normale. Votre enquête confirme-t-elle cette donnée ? 

Les résultats de notre sondage vont dans le même sens. 85% des professionnels de la restructuration qui ont été sondés ont vu leur activité croître sous l’effet de la pandémie. Un tiers des répondants a connu une augmentation supérieure à 30%. Mais le taux est variable suivant les acteurs, notamment pour les administrateurs et mandataires judiciaires ayant une activité largement dépendante du fonctionnement des juridictions, lui-même parfois très perturbé.

Certains tribunaux se sont néanmoins organisés pour traiter les dossiers les plus urgents par visioconférence…

Oui, je pense notamment au tribunal de commerce de Nanterre qui a tenu avec succès ses trois premières audiences de procédures collectives par visioconférence, le 25 mars dernier. Le tribunal était constitué d’une formation de trois juges, d’un greffier, du procureur de la République, du dirigeant des société sollicitant l’ouverture d’une procédure collective, de son conseil et du représentant des salariés. Le Tribunal de Commerces de Lyon a continué à tenir ses audiences de procédure collective jusqu’à présent et s’organise pour qu’elles se tiennent par tous moyens, tels que visioconférence ou audio conférence, dès la semaine prochaine grâce à une parfaite collaboration avec le greffe et le parquet.

Selon votre enquête, quels sont les secteurs d’activités les plus touchés ?

Notre étude est qualitative donc il faut relativiser la portée de certains chiffres. Néanmoins il ressort du sondage que c’est le domaine de la restauration, de l’hôtellerie et l’évènementiel qui est le plus fréquemment cité. Les effets du confinement se font également sentir sur l’ensemble du secteur agroalimentaire, tendance qui devrait s’accentuer avec la fermeture récente des marchés ouverts. Le commerce de détail, l’industrie, la construction et le tourisme apparaissent également particulièrement affectés. Toutes ces activités subissent de façon très importante et rapide les effets du confinement : impossibilité de recevoir du public, restriction du nombre de personnes dans les grandes surfaces, difficultés d’approvisionnement, surconsommation de certains produits au détriment par exemple des produits frais ce qui entraine parfois des difficultés à écouler certains stocks. Le secteur de l’industrie est également affecté car il nécessite une main d’œuvre conséquente pour des tâches qui ne se prêtent pas au télétravail, l’invocation d’un droit de retrait par les salariés et des difficultés d’approvisionnement peuvent largement entamer la capacité de production.

Qu’anticipent les sondés pour les prochaines semaines ? 

Ils anticipent généralement une augmentation conséquente du nombre de cas à traiter, plus d’un tiers des professionnels interrogés s’attend à une croissance supérieure à 30 %. Les professionnels placent en tête de l’origine des difficultés la baisse drastique du chiffre d’affaires, le plus souvent liée à des fermetures sanitaires ou l’impossibilité de recevoir du public, mais les difficultés d’approvisionnement et les problématiques sociales sont très fréquemment citées (manque de main d’œuvre, droit de retrait, chômage partiel etc.). On relèvera toutefois que la restriction du crédit bancaire est très rarement évoquée comme source de difficulté, ce qui tend à illustrer que les acteurs du secteur demeurent présents au soutien des entreprises et que les mesures annoncées par les pouvoirs publics jouent un rôle positif (notamment la garantie des prêts bancaires à hauteur de 300 milliards d’euros). Nombre d’entreprises vont chercher à conserver un minimum de trésorerie afin d’avoir la capacité d’entamer une éventuelle restructuration. Ceci se fait naturellement au détriment de certains partenaires qui vont demeurer impayés et se retrouver eux-mêmes en manque de trésorerie.

Notes : 

1) ARE, AJR, WIR et ARRO

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