Confinement, nouveau coup dur porté aux commerces de proximité

Tandis que la France entre dans sa quatrième semaine de confinement généralisé et que le pays déplore plus de dix mille décès dus au Covid-19, importe plus d’un milliard de masques de protection pour le visage et lutte en parallèle contre une vague grandissante de délinquance et attentats terroristes, les petits commerçants et commerces de proximité sont pénalisés plus lourdement que d’autres.

Par Eric Gardner de Béville, membre du Cercle Montesquieu

Epiciers, bouchers, cafés-bars, fleuristes, menuisiers, plombiers, électriciens, coiffeurs, garagistes, et tant d’autres qui constituent le tissu social de la nation, et qui sont en temps normal sensés nourrir, assister, dépanner, aider la population française, sont en fait aujourd’hui fermés et confinés chez eux.

A l’inverse, la grande distribution, non seulement alimentaire mais aussi de bricolage, outillage et jardinage, sont autorisés à rester ouverts et même encouragés par certaines Mairies locales souhaitant organiser des réceptions de commandes et livraisons à domicile pour les habitants de la Commune. Si cela peut se comprendre de la part des élus locaux pour le bien-être des administrés et surtout des personnes non-mobilisées, il n’est pas admissible que cela se fasse au détriment des petits commerces et commerces de proximité.

L’ouverture dominicale et les « grandes enseignes de proximité »

Le principe du repos dominical a fait l’objet de nombreux débats depuis près de 50 ans, englobant des considérations religieuses, syndicales et politico-économiques. La crise financière de 2008 a été la cause ou l’excuse pour donner de sérieux coups de couteau au principe du repos dominical. Certains pays comme l’Angleterre et l’Espagne se sont « émancipés » et autorisent largement l’ouverture le dimanche. En revanche, la Suisse l’interdit.

En France actuellement, les « garanties attachées au volontariat des salariés » ont été renforcées par la loi n° 2015-990 du 6 août 2015 pour la croissance, l’activité et l’égalité des chances économiques. Il en résulte que les Grands Distributeurs alimentaires peuvent profiter de « dérogations permanentes de droit au repos dominical » et ouvrir le dimanche jusqu’à 13h. Certains distributeurs n’ont pas hésité à « tirer sur la corde » en proposant des caisses automatiques ne nécessitant pas de repos dominical…En Angleterre, les magasins peuvent rester ouverts jusqu’à 18h, et en Espagne jusqu’à 22h (ramenés à 15h en cette période de confinement).

Outre l’ouverture le dimanche, la Grande Distribution se développe depuis une dizaine d’années dans les centres-villes par le biais de concepts « market », « city » ou « shop » faisant concurrence directement aux commerces traditionnels de proximité. En effet, les mini-marchés des enseignes de la Grande Distribution se multiplient pour satisfaire une population croissante de consommateurs qui ne souhaitent plus aller dans les grandes superficies. La tendance ces dernières années est favorable aux producteurs et vendeurs de proximité -encore plus en cette période de confinement comme cela a été souligné par le gouvernement- et la concurrence devient rude et sévère envers les petits commerçants et commerces de proximité traditionnels qui font face à des grands groupes ayant une puissance financière colossale.

Le confinement sera-t-il le coup de grâce ?

Les mesures du « rester chez soi » rendues nécessaires et obligatoires par la menace du Covid-19 ne pouvaient bien sûr pas résulter en une fermeture totale et nationale de tous les commerces. Même confinés chez eux, les Français doivent se nourrir. Il est donc normal que l’alimentaire, et d’autres secteurs clefs comme le transport, la banque ou la poste, restent accessibles.

Toutefois, il en résulte que les petits commerces et commerces de proximité des produits frais, « blancs » et « bruns », c’est-à-dire tout ce que l’on trouve en grande surface, sont une fois de plus sacrifiés dans leur grande majorité. Les boucheries de quartier, épiceries, salons de thés, cafés-bars, restaurants, sans parler des marchés publics qui avaient été interdits puis autorisés avec accord du préfet compétent, et tous les autres petits commerces de proximité tels que les merceries, cordonniers, coiffeurs, garagistes, et tant d’autres subissent de plein fouet les restrictions du confinement.

Il suffit de se promener ces jours-ci dans les rues de tous les petits villages et villes moyennes à travers la France pour sentir cette ambiance pesante, angoissante et même effrayante de solitude et d’absence de vie. C’est le reflet du confinement mais c’est aussi un avant-gout triste et inquiétant de comment seront ces villages lorsque les commerces de proximité auront disparu sous la pression trop forte de la Grande Distribution et de l’abandon des consommateurs.

La perte de chiffres d’affaires des commerces de proximité va être considérable, et les faillites et fermetures seront nombreuses. Certains commerces disparaîtront et n’auront pas de repreneurs. Le tissu social si indispensable au bien-être des habitants des villes et des campagnes sera largement déchiré. Gageons que tous les Français souhaiteront et sauront reconstruire.