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Du rachat, en 1985, d’un fabricant d’échafaudages en faillite à la constitution du géant mondial des services à l’industrie aux 4 Mds€ de chiffre d’affaires employant 55 000 salariés, l’ascension d’Altrad est vertigineuse. Malgré sa dizaine d’acquisitions ces derniers mois, son appétit de croissance est encore loin d’être rassasié avec l’objectif de doubler de taille en trois ans.

ALTRAD VEUT SE FAIRE UN NOM au-delà des secteurs peu glamour de l’industrie et du BTP. Sponsor du XV de France, de la célébrissime équipe néo-zélandaise des All Blacks et plus récemment de l’équipe australienne Western Force, le groupe montpelliérain des services à l’industrie veut gagner en notoriété dans la perspective de la Coupe du monde de rugby en 2023 en France. En 2015 déjà, lorsque son fondateur éponyme, Mohed Altrad, a remporté le prix de l’entrepreneur mondial de l’année décerné par EY pour la première fois à un Français, la presse s’est fait l’écho de l’incroyable saga du fils de bédouin syrien arrivé à Montpelier dans les années 1970 avec 200 francs en poche et devenu 25e fortune française. Mais si l’entrepreneur au destin romanesque s’est également frotté à la politique en tentant un assaut malheureux de la mairie de Montpelier en 2020, c’est bien sur le terrain des affaires qu’il excelle incontestablement. Et notamment dans l’art de consolider la centaine d’acquisitions qui ont constitué le groupe, palier par palier, jusqu’à métamorphoser le spécialiste des échafaudages et bétonnières en leader mondial des services à l’industrie.

Un nouveau palier avec Endel

Après une accalmie de deux ans liés à la pandémie, Altrad a repris de plus belle son offensive de croissance externe, aussi bien sur le marché domestique avec la reprise de la filiale d’Engie Endel, que sur le plan international. Il a ainsi signé pas moins de 11 opérations tout au long de l’année 2021/22 qui lui apportent 1,3 Md€ de revenus, faisant passer son chiffre d’affaires de 2,7 Mds€ en 2021 à plus de 4 Mds cette année. « Ces acquisitions s’ajoutent au carnet de commandes courant, qui s’élevait déjà à 3,26 Mds€ à la fin du semestre, soit une augmentation de 12 % depuis la fin du mois d’août. Un chiffre qui ne reflète pas intégralement l’impact des transactions annoncées ou à venir », précise le groupe montpelliérain lors de la publication de ses résultats du premier semestre 2022, fin mai. Les acquisitions annoncées sont un mélange d’entreprises adaptées à des besoins spécifiques du marché et de plus grandes acquisitions qui alimenteront des complémentarités majeures dans les services à l’industrie ou qui représenteront des synergies stratégiques. Par exemple, l’acquisition d’Endel renforce l’offre spécialisée d’Altrad pour le secteur nucléaire en France, et lui fait franchir un nouveau palier, comme l’a rappelé Mohed Altrad au moment de la finalisation de l’opération début avril : « Les activités d’Endel sont éminemment complémentaires de celles d’Altrad et nous avons pour objectif, en travaillant ensemble, de créer de la valeur, non seulement pour nos clients mais aussi pour nos équipes, en leur donnant les moyens de mettre en oeuvre un plan stratégique structuré et viable sur le long terme. Notre confiance en cette opération repose avant tout sur les salariés d’Endel, compétents et qualifiés, et pour lesquels nous avons le plus profond respect ». Si le président prend autant de précautions oratoires avec les anciens salariés d’Engie, c’est que le rachat de cette filiale déficitaire s’est fait à un prix négatif, l’énergéticien ayant signé un chèque à Altrad pour se délester de ce dossier miné employant 5 000 salariés.

Une vision en hauteur

Il faut dire que le groupe peut se prévaloir d’un track-record hors du commun dans l’intégration réussie d’acquisitions, y compris de canards boiteux dont il s’est fait une spécialité du redressement dans les premières années de son existence. Mais c’est en 2006 qu’Altrad entame un tournant en prenant le contrôle de Balliauw, société spécialisée dans les services à l’industrie. Entre 2015 et 2017, en à peine 25 mois, Altrad va quasiment tripler sa taille, suite aux acquisitions successives de trois géants européens dans les métiers des services industriels : tout d’abord le néerlandais Hertel, puis le français Prezioso Linjebygg, et enfin le britannique Cape plc. Des raids ambitieux qui marquent la métamorphose de l’entreprise, passée du statut de fournisseur d’échafaudages à celui d’opérateur sur les chantiers notamment gaziers et pétroliers. Soucieux de la rentabilité du groupe qu’il dirige, Mohed Altrad s’attèle à mettre en place des synergies au pas de charge. Ses entreprises de services devenant clientes de ses sociétés d’échafaudages. Ainsi, l’acquisition d’Hertel avait été l’occasion pour les filiales échafaudages d’Altrad de devenir les clients uniques d’une société dont elle n’était alors qu’un fournisseur mineur. Pour expliquer sa réussite et sa diversification, l’entrepreneur a coutume de répondre avec un sourire sibyllin : « La construction d’échafaudages est un métier qui se pratique en hauteur, ce qui permet d’élargir sa vision, de s’ouvrir sur le monde et de s’enrichir de nouvelles compétences ». Jaloux de son indépendance financière, le dirigeant n’a ouvert son capital qu’avec parcimonie à des investisseurs institutionnels minoritaires et peu intrusifs, essentiellement des captives bancaires comme Arkea, BNP Paribas Développement et Crédit Mutuel Equity. Altrad vient d’ailleurs de lever un nouveau financement de 2,4 Mds€ destiné à refinancer ses facilités de crédit existantes, à financer de futures acquisitions et à augmenter son besoin en fonds de roulement. Le financement mis en place est composé d’une combinaison de prêts à terme, de facilités d’acquisition et de capital d’investissement, ainsi que de facilités de financement par emprunt. Malgré l’augmentation de l’enveloppe globale de dette passée d’1,6 Md à 2,4 Mds, le niveau de levier reste très conservateur, et s’établit autour d’1,5 fois l’Ebitda. De quoi fournir une assise financière stable pour la poursuite des plans de croissance d’Altrad, qui cherche à consolider sa position de leader mondial sur un marché des services à l’industrie évalué à plus de 100 Mds€ au niveau mondial. Et ce, malgré les tensions internationales qui compromettent la croissance au plan international. « Les terribles événements en Ukraine ont perturbé les chaînes d’approvisionnement et provoqué une volatilité des prix des matières premières. Les problèmes de la chaîne d’approvisionnement se sont maintenant stabilisés et nous restons attentifs afin de nous assurer que nous sommes fermes sur les prix et que nous maintenons nos marges en répercutant une partie des récentes augmentations liées à l’inflation », a rassuré Ran Oren, co-directeur général d’Altrad lors de l’annonce des résultats du premier semestre. Le britannique a pris la direction générale du groupe en tandem avec le belge Jan Vanderstraeten après le départ en septembre 2020 de Louis Huetz, ex-directeur général, pour lancer le fonds néerlandais Waterland en France. Le duo, qui marque l’empreinte internationale d’Altrad, a du pain sur la planche avec un rythme d’acquisitions qui s’annonce encore soutenu…même si les échafaudages ne montent pas jusqu’au ciel.

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