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Le deuxième groupe de casinos français est sorti de son plan de sauvegarde avec une avance de trois ans, et a tourné la page des années de difficultés qui lui ont valu de déclencher une procédure de sauvegarde en 2013.

Tiercé gagnant pour Partouche à l’annonce de ses résultats en février dernier : un profit net de 18 millions d’euros triplé pour son dernier exercice, un chiffre d’affaires de 433 millions d’euros en hausse de 5,5 % et surtout l’exécution par anticipation, avec trois ans d’avance, de son plan de sauvegarde. Celui qui a été le premier en France à lancer son Megapot, un jackpot multi-sites reliant plus de 200 machines à sous dans plus de 45 établissements, peut se réjouir de faire à nouveau sonner les gains dans ses propres caisses, après avoir frôlé la faillite il y a six ans. Car Partouche pourrait illustrer un cas d’école de l’utilité de la procédure de sauvegarde pour sortir de l’ornière une entreprise surendettée menacée d’une prise de contrôle par ses créanciers. Fin septembre 2013, le casinotier, ne respectant plus ses covenants depuis plusieurs mois, avait demandé et obtenu du tribunal d’être placé en sauvegarde faute d’accord avec ses créanciers sur le réaménagement de sa dette de 234 M€. À l’époque, la famille actionnaire du groupe de casinos jouait gros dans une partie de poker-menteur avec le fonds anglo-saxon Oaktree. Car avec 38 % de la dette de Groupe Partouche, le financier américain avait les moyens d’empêcher un accord entre le casinotier et ses créanciers, qui nécessitait la majorité des deux tiers. Le spécialiste de rachat de dette décotée s’était de plus invité dans la holding de tête du groupe, Financière Partouche, placée également en sauvegarde en avril 2013. « Le bras de fer était d’autant plus tendu qu’Oaktree détenait une minorité de blocage dans les deux structures », rappelle un proche du dossier. La partie était donc loin d’être gagnée d’avance. « La sauvegarde était la seule issue face au durcissement des positions du fonds de dette, dont il était illusoire de forcer la main dans le cadre d’une procédure plus soft de mandat ad hoc ou conciliation », estime un expert juridique.

Une dette recalibrée. Aux grands maux les grands remèdes donc… En se plaçant sous la procédure de sauvegarde, le groupe de casinos a pris le risque de mettre sur la place publique ses difficultés, certes, mais il a surtout calmé les velléités de lender-led de son créancier habitué à entrer par la dette au capital de ses proies. À l’instar de ce qui est arrivé en 2014 au numéro trois français du secteur Joa (ex-Moliflor), passé sous le contrôle du fonds Alchemy après la restructuration de la dette LBO qui avait été montée par Bridgepoint fin 2005. Pas question de subir le même sort pour l’entreprise créée par Isidore Partouche en 1973 et dont la famille détenait toujours les deux tiers du capital malgré sa cotation en Bourse et l’entrée de Butler au tour de table en 2011 à hauteur de 12 %. Ce qu’Oaktree a fini par comprendre en renonçant à jouer les jusqu’au-boutistes et en votant en faveur du plan présenté en mars 2014. L’accord prévoit un étalement de l’échéancier de remboursement de crédit syndiqué sur plus de huit ans, une marge réduite à 3,25 % dès décembre 2016 (contre 3,50 % précédemment), la suppression de certaines contraintes (limitation du volume d’investissement, respect de ratios financiers, reversement du cash-flow excédentaire) et enfin l’absence de toute obligation de cession d’actifs. Ce plan sera homologué par le tribunal de commerce de Paris par un jugement en date du 29 septembre 2014 mettant fin à la procédure de sauvegarde engagée un an auparavant. Ouf, avec une dette recalibrée et sans l’épée de Damoclès des covenants, le casinotier retrouve des marges de manœuvres… « Beaucoup d’entreprises surestiment le traumatisme de la publicité négative d’une sauvegarde, or à partir du moment où le sous-jacent est sain, cette procédure est particulièrement adaptée pour mener le redressement opérationnel de l’entreprise », témoigne un expert du restructuring. Et Partouche en a apporté la preuve en menant tambour battant un retournement efficace malgré le contexte compliqué pour le secteur des casinos confronté à l’accumulation des difficultés conjoncturelles. La situation des casinotiers a commencé à se dégrader en 2006, date à laquelle le contrôle d’identité est devenu obligatoire à l’entrée. L’année suivante, le tabac a été proscrit dans tous les casinos de France. Deux mesures qui ont coûté l’équivalent de 20 % de chiffre d’affaires annuel au secteur d’après la Fédération des casinos de France. La concurrence des jeux en ligne et la crise de 2008 ont fini de terrasser des acteurs surendettés par une fièvre bâtisseuse au début de la décennie 2000. Le groupe Partouche, qui a beaucoup grossi dans les années 1990, vit alors sur un rythme ronronnant, s’essayant à des diversifications maladroites et négligeant son cœur de métier, le casino. Sa tentative de surfer sur l’explosion des jeux en ligne avec une nouvelle filiale, Partouche Interactive, créée en 2006, se révélera un fiasco lié officiellement à « l’inadéquation du modèle économique du poker en ligne français » d’après le commentaire officiel du groupe. Une parenthèse qu’il refermera en 2012, acculé par l’accumulation des pertes sur l’ensemble des activités du groupe, avec un déficit record de 60,4 millions d’euros pour son exercice 2009-2010.

Recentrage sur le jeu. L’électrochoc de la sauvegarde aura donc eu un effet salvateur sur l’entreprise familiale qui a remis à plat sa stratégie et revu en profondeur son mode de fonctionnement. S’inspirant des méthodes de la grande distribution, elle se dote de moyens marketing pour se rapprocher de ses clients/consommateurs et mieux comprendre leurs besoins. En résulte un recentrage sur son cœur de métier de casinotier et une organisation plus décentralisée donnant carte blanche à la quarantaine de directeurs de casinos du groupe. Partouche met aussi le frein sur son activité hôtelière, prenant le contre-pied de son concurrent et leader français Barrière, en se délestant notamment de l’hôtel Garden Beach de Juan-les-Pins et du Hilton de Lyon, dont une partie des produits de cession ira en remboursement anticipé du crédit syndiqué. Les résultats de ce recentrage stratégique ne se font pas attendre avec une sortie du rouge dès l’exercice 2014-2015. Une remontée spectaculaire que le groupe doit essentiellement au talent de son dirigeant, Fabrice Paire, qui a réussi à conquérir la confiance des partenaires bancaires dont le soutien était primordial pour contrer l’offensive d’Oaktree, et à mener à bien le retournement opérationnel sans dégât social. Il faut dire que la famille Partouche a eu l’intelligence de lui confier les rênes opérationnelles du groupe dès 2011 pour le sauver des errements stratégiques du fils du fondateur, Patrick Partouche.

L’impact du Covid. Mais la crise du Covid-19 a freiné cette reprise, les casinos français du groupe ayant dû fermer leurs portes le 14 mars. Le management a alors expliqué avoir pris toutes les mesures nécessaires de nature à limiter les conséquences économiques inévitables générées par cette situation de crise. « Des accords ont été pris avec nos principaux fournisseurs pour reporter les règlements qui pouvaient l’être, explique le management (…). La DGFIP a par ailleurs accepté de reporter de trois mois le paiement des prélèvements sur le produit brut des jeux, pour ce qui concerne les prélèvements dus au titre des mois de février, mars et avril 2020 (…) Nos partenaires bancaires ont été contactés afin de reporter de six mois nos échéances bancaires. Ces demandes concernent le report des échéances en capital et en intérêts et résulteraient en un allongement de six mois des échéanciers contractuels. L’intégralité de nos dettes bancaires (à l’exception de l’emprunt obligataire émis par la holding), tant en bilatéral qu’au niveau de la holding, a fait l’objet de ces demandes, qui ont été bien accueillies et acceptées par nos banques, sous réserve de quelques rares ajustements ». Enfin, le Président du Directoire a demandé à l’actionnaire majoritaire de bien vouloir rejeter la résolution relative à la distribution de dividende, lors de l’Assemblée du 1er avril 2020. De quoi laisser présager que l’État pourrait cette fois-ci mettre la main à la poche pour sécuriser ce qui était un beau retournement.

Quelques chiffres

• Un profit net de 18 millions d’euros triplé pour son dernier exercice.

• Un chiffre d’affaires de 433 millions d’euros en hausse de 5,5 %.

Par Houda El Boudrari

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