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Par Houda El Boudrari

Depuis sa prise en main par le numéro deux français de la restauration commerciale il y a deux ans, Groupe Flo a réussi à enrayer la baisse de son chiffre d’affaires et continue son régime d’assainissement sous l’œil vigilant du chef Bertrand.

L’OPA lancée en août, qui devrait finaliser l’absorption du Groupe Flo par son actionnaire de contrôle Groupe Bertrand début décembre, devrait aboutir sur un retrait de cote dans les prochains mois. L’offre ouverte du 21 novembre 2019 au 6 décembre 2019 parachèvera ainsi la «pleine intégration » de Groupe Flo au « périmètre de restauration commerciale » du groupe Bertrand lui permettant de « mener son plan de redressement de manière plus efficiente, notamment au regard des besoins de trésorerie générés » par ce dernier, avait affirmé en août le groupe, présidé par Olivier Bertrand. Autrement dit, loin des contraintes de la Bourse, le numéro deux de la restauration commerciale française aura les coudées franches pour continuer une opération de sauvetage commencée en 2017, avec l’acquisition de quelque 70 % de Groupe Flo, en difficulté depuis des années, auprès de Financière Flo, un consortium d’investisseurs réunissant la Compagnie Nationale à Portefeuille, Ackermans and van Haaren et Tikehau Capital. Après avoir acquis un bloc supplémentaire de 6,2 % auprès d’Amiral Gestion le 5 août dernier, Groupe Bertrand avait porté sa participation à 77,2 % du capital de Groupe Flo. Le conseil d’administration de Groupe Flo, réuni le 3 octobre, a considéré l’OPA simplifiée « conforme » aux intérêts de la société, de ses actionnaires et de ses salariés « et a recommandé aux actionnaires d’apporter leurs actions à l’offre », précise le communiqué commun. Il faut dire que depuis son adossement au groupe dirigé par Olivier Bertrand, le détenteur de la chaîne Hippopotamus et de quelque 171 brasseries et concessions dont la célèbre Coupole, arrive enfin à endiguer ses pertes qui se sont « limitées » à 6 millions d’euros en 2018 pour un chiffre d’affaires de 169 millions, contre 50 millions d’euros de déficit l’année précédente pour les mêmes revenus.

Quelques chiffres

171. brasseries
et concessions.

169 M€. de chiffre d’affaires
en 2018.

6 M€. de déficit en 2018, contre 50 M€ l’année précédente.

La recette du chef ? Groupe Bertrand a commencé par vendre l’enseigne Tablapizza, avant de concentrer ses efforts sur Hippopotamus. Le concept des restaurants et leur image ont été entièrement repensés autour de ce qui reste l’identité de la marque : la viande de bœuf et un véritable Steak-House à la française. L’enseigne qui propose désormais un nouveau mode de cuisson à la braise dit avoir opéré un travail de fond sur l’assiette et sur la carte. Les codes ont été revus et les espaces remodelés pour donner « plus d’aisance à la clientèle ». Enfin l’identité visuelle a également été modifiée aussi bien le logo que la charte graphique. Une stratégie payante, puisque l’enseigne de steakhouse semble sortir la tête de l’eau. Au premier semestre, son chiffre d’affaires a ainsi progressé de 6,3 %, sous l’effet de la modernisation des restaurants de la chaîne et de la refonte du concept initiés dans le plan de transformation des restaurants Hippopotamus en 2017.

Dégraisser l’hippopotame. Une politique de rénovation coûteuse, qui a encore nécessité une remise de fonds de l’actionnaire cette année, avec la mise en place d’avances en compte courant pour un montant maximal de 12 millions d’euros, dont près de 5 millions ont déjà été avancés au 30 septembre, et la mise en vente de fonds de commerce des restaurants déjà rénovés pour financer la poursuite des travaux de remise à neuf. Coûteuse mais nécessaire car depuis la création d’Hippopotamus en 1968, les restaurants avaient pris un coup de vieux et la chaîne a pris de plein fouet la crise à partir de 2008. Les prix ont beau avoir été abaissés de 3 %, cela n’a pas suffi à faire revenir les clients. D’autant que l’enseigne n’a pas su remettre en question son positionnement devant les nouvelles tendances de consommation. Concurrencée à la fois par la mode du « healthy food » et l’engouement vers les nouvelles chaînes de burgers haut de gamme, Hippo s’est cruellement ringardisé et désempli. On est loin du faste des années 1990, où l’enseigne paraissait jeune et moderne, avec son décor rouge et noir, et ses ballons pour les enfants. Grâce au système de la franchise, les implantations s’étaient multipliées, pour atteindre 186 restaurants dans toute la France. Pas évident de dégraisser l’hippopotame…

Le sauveur Bertrand. Le Groupe Flo dans son ensemble s’est ainsi retrouvé en grande difficulté. Et comme un malheur n’arrive jamais seul, à la crise de fréquentation et de pouvoir d’achat s’est ajouté le drame des attentats et la tétanie qui leur a succédés. Après les attaques du Bataclan et des terrasses parisiennes, la fréquentation des restaurants de la capitale a plongé. Résultat, en 2014, le chiffre d’affaires a baissé de 9,6 %, puis de 6,1 % en 2015, avant de reculer encore de 9,9 % en 2016. Quant au résultat opérationnel, il a viré au rouge à partir de 2015. Et le résultat net affichait, en 2016, un déficit de 65,5 millions d’euros. Sous la pression de ses actionnaires, Groupe Flo a annoncé, en novembre 2016, avoir obtenu l’ouverture d’une procédure de mandat ad hoc par le tribunal de Nanterre pour mieux négocier avec ses banques. Puis, ses actionnaires ont préféré jeter l’éponge et refiler la patate chaude à un acteur chevronné du redressement d’enseignes en difficultés. À cette occasion, la dette bancaire a été réduite de 72 millions d’euros à 15,4 millions. Ayant accepté une réduction de leurs encours de 50 %, BNP Paribas et Banques Populaires Rives de Paris sont restées les seuls créanciers. Les autres membres de l’ancien pool bancaire ont accepté un write-off de 70 % et ont été remboursés à hauteur des 30 % restants par un emprunt obligataire de 12,2 millions d’euros souscrit par Groupe Bertrand. Avec son appétit d’ogre et sa croissance fulgurante qui l’a mené en deux décennies à la place de numéro deux de la restauration en France, derrière Mac Do, le groupe créé par l’autodidacte Olivier Bertrand, est un serial redresseur d’enseignes en déclin. Il a accéléré son expansion depuis fin 2013, en pleine crise, avec, tour à tour, la relance de Burger King en France, et les rachats de Quick, de Groupe Frères Blanc et ses grandes brasseries parisiennes – Le Procope, La Fermette Marbeuf, Au Pied de Cochon, Chez Jenny ou Le Grand Café Capucines… –, enfin de Groupe Flo. Cumulant près de 2 milliards d’euros de chiffre d’affaires annuel et employant plus de 25 000 salariés, sa boulimie d’acquisitions ne s’est toujours pas calmée avec l’annonce cet été de la reprise du spécialiste des moules-frites Léon de Bruxelles. Avec cet appétit insatiable, le groupe conforte sa stratégie diversifiée pour accroître sa résilience aux cycles, aux modes et à l’inconstance des consommateurs.

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