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Pour ses 100 ans, l’ETI nantaise, leader mondial des consommables pour l’impression sur les codes-barres et QR codes, s’offre un joli LBO avec Astorg qui valorise son activité rubans de transferts thermiques quelque 875 M€, mais reste contrôlée par son management, artisan de son succès depuis 18 ans.

EN UN SIÈCLE D’EXISTENCE, Armor a vu mourir plusieurs industries qui ont failli l’entraîner dans leur sillage morbide, mais a vaillamment résisté, réinventant ses marchés, diversifiant ses activités et conquérant de nouvelles géographies. L’entreprise nantaise a été la première à fabriquer du papier carbone en France dans les années 1920, puis des rubans encrés pour machines à écrire et des rouleaux de fax dans les années 1950 avant de se doter de la technologie transfert thermique dans les années 1980 et de fabriquer des cartouches d’encre reconditionnées à l’aube de la décennie 1990. Si le début des années 2000 a failli mettre en péril sa pérennité, le groupe industriel, sous l’égide de son PDG Hubert de Boisredon, a su se renouveler et se positionner sur les innovations de son écosystème, qu’il continue à explorer avec de nouvelles activités, baptisées New Techs : ASCA, qui réinvente les panneaux solaires rigides en films solaires souples et minces ; KIMYA, consacré à l’impression 3D ; Armor Battery Films, qui fabrique des collecteurs enduits pour l’amélioration de performance des batteries électriques ; enfin, Armor Smart Films, pour orienter la technologie d’enduction sur film mince vers toute application nouvelle d’avenir, notamment dans le secteur de la santé…

Prise de contrôle du management

Mais le navire amiral du groupe, celui qui pèse 87 % des 450 M€ de chiffre d’affaires attendu pour 2022, c’est la fabrication de rubans de transfert thermique utilisés pour les codes-barres et autres QR codes permettant d’assurer la traçabilité des produits. Armor a conforté sa suprématie sur cette activité l’automne dernier en rachetant son concurrent américain Iimak. Avec cette opération, l’ETI nantaise, déjà leader mondial de cette activité avec 30 % de parts de marché, met la main sur le n° 4 mondial et n° 1 sur le continent nord-américain. L’ironie de l’histoire est que la cible américaine a failli mettre la main sur le groupe nantais 18 ans plus tôt, quand Armor, balloté par les difficultés, était une proie facile. La famille havraise Rufenacht, actionnaire depuis 1965, cherchant à s’en délester, a recruté Hubert de Boisredon pour redresser la barre et orchestrer la vente. Ce qu’il fit au-delà de toutes les espérances, arrivant à convaincre le holding industriel lyonnais Orfite de racheter l’entreprise au coeur de la crise financière de 2008. En cinq ans, Armor enregistre une croissance de 50 % de son chiffre d’affaires qui s’établit à 217 M€ en 2013. Le moment que le management choisit pour prendre en main son propre destin et la majorité de contrôle de l’entreprise. « Passer de 13 % à plus de 50 % du capital a été une prise de risque importante pour l’ensemble du management, mais nous avions collectivement la conviction de mener à bien notre projet de croissance et de hisser Armor au rang de numéro un mondial de son activité », confie Hubert de Boisredon.

Astorg à l’affût

En 2014, l’ETI nantaise passe ainsi sous le contrôle de son cercle de management composé d’une demi-douzaine de membres et ouvre plus largement l’actionnariat à plus de 300 salariés, grâce au soutien d’un pool d’actionnaires financiers minoritaires composé d’Arkea, Siparex, Amundi PEF, Ouest Croissance et Unexo. Un tour de table renouvelé à l’identique en 2018, mais remis à plat début 2022 à l’aune de la nouvelle dimension de l’ETI nantaise, qui s’est greffé un périmètre équivalent à près de 100 M€ avec l’acquisition d’Iimac et a dépassé les 400 M€ de chiffre d’affaires consolidé en 2021. De quoi attirer l’attention des fonds d’investissement à l’affût de beaux actifs dans un marché frénétique après la crise sanitaire. Astorg Mid-Cap avait ainsi bûché sa copie pour être fin prêt au process lancé par Natixis fin 2021, comme le souligne Charles-Hubert Le Baron, directeur d’Astorg Mid-Cap : « Nous suivions Armor depuis presque un an et avons été très impressionnés par la performance commerciale et industrielle d’Armor-Iimak, rendue possible grâce à une équipe de direction expérimentée et une culture de l’innovation très forte ». Pour sa première opération en France, et la deuxième de son fonds mid-cap, déclinaison de son véhicule flagship positionné sur les entreprises de taille plus importante, Astorg met les bouchées doubles en dégainant une valorisation en haut de sa fourchette à quelque 875 M€ et en acceptant une gouvernance de minoritaire, concession importante pour cet investisseur habitué aux deals majoritaires. Il faut dire qu’Armor coche toutes les cases, y compris celle d’un engagement environnemental et sociétal incarné par un dirigeant militant d’un « capitalisme à dimension sociale ». « Grâce à sa position de leader incontesté, son savoir-faire, sa technologie, ainsi que ses standards très élevés sur les aspects ESG, Armor correspond parfaitement à nos critères d’investissement », a commenté Lionel de Posson, managing partner d’Astorg Mid-Cap au moment de l’opération.

150 M€ investis en cinq ans

Le LBO porte uniquement sur l’activité transfert thermique Armor IImak qui pèse la grosse majorité du chiffre d’affaires du groupe Armor. Exit donc les quatre autres activités de l’entreprise logées dans la holding de tête d’Armor et détenues par son seul management. Il faut dire que ces autres lignes de métier, dont certaines très innovantes, sont positionnées sur des marchés différents avec des dynamiques autres que celle du transfert thermique où l’ETI nantaise règne en leader incontesté sur un segment de niche en forte croissance lié à l’importance grandissante de la traçabilité. Le transfert thermique est en effet la technologie de référence utilisée pour l’impression d’informations variables et monochromatiques (codes-barres, QR codes, etc.) sur des étiquettes ou des emballages souples. Armor-Iimak fournit 3 000 clients dans le monde, et emploie 1 600 personnes sur 20 sites de production, dont 17 sites de découpe. Depuis le rachat de son homologue américain, le Français a encore distancé les concurrents asiatiques sur ce marché global. Avec l’appui d’Astorg qui compte investir 150 M€ sur le prochain quinquennat dans l’automatisation de l’outil industriel, dont 80 M fléchés directement sur le site de la Chevrolière (Loire-Atlantique), Armor-IImak compte creuser encore l’écart et conquérir l’Asie après l’Amérique. Mais les autres verticales d’Armor ne sont pas négligées pour autant. Le groupe continue de nouer des partenariats avec de grands industriels fabricants d’imprimante, comme en mai dernier sa filiale dédiée à l’impression 3D, KIMYA, avec le leader mondial Stratasys. Côté collecteurs enduits pour batteries, un projet industriel de grande envergure sur le territoire ligérien est en cours d’étude. Concernant la technologie OPV ASCA®, un projet d’installation d’une machine laser 3D et d’une découpeuse soudeuse est en phase finale de concrétisation, après le succès de la solarisation de la façade du nouveau Pavillon Novartis à Bâle. Enfin, l’activité dédiée aux services et consommables d’impression durables, Armor Print Solutions, s’apprête à investir plusieurs millions d’euros pour développer ses sites industriels en Pologne et au Maroc pour augmenter sa capacité industrielle de production de cartouches remanufacturées d’environ +40 %. Hors opérations de croissance externe, le groupe table ainsi sur un chiffre d’affaires entre 500 et 600 M€ d’ici 5 ans. De quoi sécuriser encore quelques décennies de croissance.

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